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Tannhauser's Gate

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Lectures, chroniques, interviews, news, polars et romans noir, sf et fantasy


La trilogie Cass Neary, de Elizabeth Hand

Publié par Tannhauser sur 17 Janvier 2018, 12:46pm

Catégories : #Chroniques, #Elizabeth Hand, #Generation loss, #Available dark, #Hard light

Je suis un admirateur absolu de Elizabeth Hand depuis 2007 quand j'ai lu la traduction de « Mortal love » (chez Denoel sous le titre « L'ensorceleuse », puis en Folio SF). Superbe roman labyrinthique, sensuel, déroutant, se déroulant à Londres et dans le Maine au XIXè siècle et de nos jours , plein de références artistiques et littéraires sur ce qu'est la création, la folie, sur l'Art et sur ce qui fait l'Art.

Un des fils rouges du roman étant le personnage de Daniel Rowlands, journaliste à Londres de nos jours, dont les recherches sur le mythe de Tristan et Iseult va finir par le faire rencontrer une étrange jeune femme qui semble connaître beaucoup de choses sur une « Folk Lore Society », société que le lecteur croisera dans les chapitres se déroulant à l'époque Victorienne.

 

Ce roman pourrait freiner quelques lecteurs du fait de sa narration éclatée et de ses multiples références à la peinture, mais si on se laisse porter par la prose de Elizabeth Hand, et par le mystère entourant la muse des différents artistes maudits croisés au long du livre, on aura lu un grand roman, parfois proche d'un thriller littéraire, parfois proche d'un roman d'horreur ou même d'un conte de fée difficile à oublier.

Quand j'avais entendu qu'elle publierait quelques temps plus tard un nouveau livre chez Small Beer Press, la maison d'édition créée par Kelly Link (dont le recueil "La jeune détective et autres histoires étranges" a été traduit chez Denoel) et Gavin Grant (maison d'édition que je connaissais pour avoir publié le roman culte de Carol Emshwiller "The mount", et qui plus tard allait publier les trois romans "The liminal people", "The liminal war" et "The entropy of bones" d'un autre de mes auteurs préférés : Ayize Jama Everett), un polar dont l'héroine était une photographe punk qui allait se retrouver plus ou moins bloquée sur une île au large du Maine, je m'étais dit qu'il ne fallait pas que je rate ce livre, et c'est comme ça que je suis tombé sous le charme de Cass Neary.

Je n'ai pas encore lu tous les romans de Elizabeth Hand, regardez ici...

Vous verrez qu'elle a écrit bon nombre de romans, dans plusieurs genres différents, fantasy, polar, fantastique, plusieurs recueils de nouvelles et quelques novelisations de films ou séries télé, ceux que j'ai lus m'ont tous emballés.

Aujourd'hui je vais juste vous parler des trois aventures de Cass Neary : « Generation Loss » en 2007 (traduit chez Super 8 sous le titre « Images fantômes »), « Available dark » en 2012 et « Hard light » en 2016.

 

Dans « Generation loss » (qui a reçu le premier Shirley Jackson Award en 2007), nous faisons donc la connaissance de Cass Neary, photographe punk expérimentale ayant eu son moment de gloire une trentaine d'années auparavant avec son livre « Dead girls ». Aujourd'hui la quarantaine passée, Cass survit tant bien que mal à New York, aidée par l'alcool et les cachets. Un ancien ami lui fait une proposition : interviewer une photographe célèbre, Aphrodite Kamestos, vivant recluse sur l'île Paswegas island au large du Maine. Cass accepte, mais en arrivant elle apprend que plusieurs disparitions ont eu lieu. Elle finira par se retrouver à enquêter plus ou moins malgré elle sur ces disparitions et sur le fils d'Aphrodite.

Quand Cass débarque sur l'île, on a l'impression de lire une histoire de Lovecraft, le mépris palpable des habitants à l'encontre de cette ancienne punk en jean noir, santiags et cigarette au bec. Heureusement pour elle, Cass finira par se faire quelques alliés...

Les points forts du livre sont nombreux, tout d'abord le personnage de Cass Neary est incroyable. Anti-héroine, survivante de l'époque punk, avec un tatouage déclarant "Too tough to die", capable de citer Roland Barthes ou Lou Reed dans la même phrase, accrochée à son vieil appareil photo Konica (elle refuse d'utiliser un appareil numérique) comme si c'était le dernier vestige d'une époque oubliée, une des blagues récurrentes dans les trois romans est la difficulté qu'elle rencontre pour trouver les pellicules noir et blanc qu'elle utilise dans son appareil.. Tout au long du livre, et des romans suivants, le monologue intérieur de Cass est magnifiquement rendu par Elizabeth Hand, avec toujours un humour noir cinglant. A la fois roman policier et hommage au roman gothique, "Generation loss" est un superbe roman dont l'atmosphère, les personnages et l'histoire valent le détour.

Ce que j'aime beaucoup dans "Generation loss", et qui sera également présent dans les deux romans suivants (qui était déjà présent dans "L'ensorceleuse"), sont toutes les références aux Beaux-Arts et à la photographie. Ce n'est jamais en trop, ou trop poussé, elle ne noie pas le lecteur sous une tonne de notes de bas de page, tout est raconté ou cité dans l'histoire, ou au détour d'une conversation.

Le deuxième roman, "Available dark" débute exactement où "Generation loss" se terminait, et là attention je vais parler d'un petit spoiler sur la fin du livre.

A la fin du roman donc, Cass est recherchée par la police, par chance le même ami qui lui a proposé cette fameuse interview d'Aphrodite Kamestos lui propose un autre boulot, cette fois-ci à Helsinki, pour authentifier des photos d'art. Cass se rue sur l'occasion pour échapper aux autorités, mais après avoir vu les photographies en question, représentant des meurtres inspirés du folklore islandais, Cass est à nouveau obligée de s'enfuir en Islande. Elle atterrit à Reykjavik et se retrouve encore empêtrée dans une histoire de meurtres impliquant son amour de jeunesse et un étrange musicien vivant en quasi-ermite.

Là-encore, c'est un super roman, je crois que si on me mettait un flingue sur la tempe en me demandant de choisir mon préféré, je choisirai celui-ci. Toutes les références au folklore islandais sont extrêmement intéressantes, je suis éternellement reconnaissant à Elizabeth Hand de m'avoir fait connaitre les treize fameux Yule lads (ici en français), des sortes de lutins ou trolls de Noël : Doorway-Sniffer, Window-Peeper, Candle-Stealer, Meat-Hook, etc...

L'autre point intéressant du livre est le fait qu'Elizabeth Hand approfondit le personnage de Cass, on en apprend plus sur sa jeunesse et sur son premier amour : Quinn. Ce roman me plait particulièrement car Elizabeth Hand a écrit un roman policier nordique, mais en subvertissant ce qu'un lecteur attend d'un polar nordique en général, et le tout est réalisé avec sa maîtrise et son sens de la narration habituels.

Et je ne vous parle pas des magnifiques descriptions des paysages islandais, déjà dans "Generation loss" il y avait des superbes passages décrivant l'île et la nature sauvage, mais ici il y a des passages magiques quand Cass se promène et Elisabeth Hand arrive à retranscrire en mots et en paroles ce que Cass voit et ressent en tant que photographe.

La fin du roman est magistrale, et là encore, le troisième roman "Hard light" débute directement après, et là encore attention, je vais parler d'un petit spoiler..

Cass a réussi à quitter Reykjavik, et doit retrouver Quinn à Londres. Mais une fois arrivée, tout ne se passe pas comme prévu, et Cass va rencontrer Krishna une jeune chanteuse, Poppy, une ancienne groupie célèbre dans les années 70, et se retrouvera plus ou moins obligée à travailler en tant que courrier pour Mallo et Morven, un étrange couple trafiquant des antiquités volées. Quand des meurtres ont de nouveau lieu autour d'elle, Cass découvrira peur à peu que toutes ces personnes sont liées à un film underground considéré culte "Thanatrope" réalisé par un certain Leith Carlisle...

Il y a là-aussi des passages incroyables dans ce roman, certains sont très sombres et d'autres plus légers comme lorsque Cass parle de la gentrification de certains endroits, ou se moque des petits bourgeois. La dernière partie du livre se déroulant dans un petit coin perdu du sud-ouest de l'Angleterre n'est pas sans rappeler la partie finale de "La conspiration des ténèbres" de Roszak et les "Paleolithic Productions" pour ceux qui l'auront lu, Elizabeth Hand s'amusant à revisiter le mythe de la Caverne de Platon, et livre un final on ne peut plus réussi.

Que dire de plus ? Les trois romans sont excellents, ils sont tous centrés sur l'Art et la photographie, avec toujours un petit coté surnaturel ou occulte qui se révèle petit à petit. Comme je l'ai dit plus tôt, le personnage de Cass Neary est incroyable, mais il ne faut pas oublier également la galerie de personnages secondaires qu'elle rencontre au long des trois romans. Tous les personnages sont extrêmement bien travaillés et vivants, et il en va de même pour les artistes et les oeuvres imaginées par Elizabeth Hand.

Pour l'instant il n'y a aucun nouveau roman annoncé, mais je ne peux qu'espérer qu'on finira par avoir une autre aventure de Cass Neary, car malgré tous ses défauts et ses addictions, elle reste un superbe personnage et pas seulement le "ghost of Punk" comme elle se qualifie dans le dernier roman.

 

 

Le site de Elizabeth Hand


 

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