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Tannhauser's Gate

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Lectures, chroniques, interviews, news, polars et romans noir, sf et fantasy


"La mort selon Turner" de Tim Willocks (Sonatine)

Publié par Tannauser sur 18 Octobre 2018, 17:21pm

Catégories : #Chroniques, #Tim Willocks, #La mort selon Turner, #Sonatine

 

Lors du dernier entretien que j'ai fait avec Tim Willocks, il me confiait qu'après "Les douze enfants de Paris" il souhaitait écrire un roman un peu plus reposant que les épopées de Mattias Tannhauser qui demandaient tellement de lui.

C'est donc avec "La mort selon Turner" qu'il revient cette année, un très bon roman noir situé de nos jours en Afrique du Sud.

Tout commence par la mort d'une jeune femme près d'un bar malfamé d'un township du Cap, mort accidentelle causée par un jeune homme saoul ne se rendant même pas compte de son acte. Et dès le début du roman, Tim Willocks nous laisse ko avec la description de cette mort brutale, soudaine et absurde.

Mais ce jeune homme est le fils de Margot Leroux, une puissante propriétaire minière de Langkopf, petite ville à plusieurs heures du Cap. Ses gardes du corps décident de laisser la jeune femme mourante et quittent les lieux rapidement.

Et tout aurait pu finir là, qui donc irait se soucier d'une jeune sdf noire morte dans une rue du Cap un samedi soir ? Nous sommes en Afrique du sud, pays rongé par la violence, le racisme et la corruption, un personnage déclare dans le livre que la criminalité du Cap est encore plus élevée qu'à Ciudad Juarez....

Tout aurait pu finir là sans le policier appelé sur les lieux, et c'est ainsi que nous faisons la connaissance de Radebe Turner, flic haïssant les flics, flic incorruptible et intègre dont le seul but est la recherche de la justice.

Il découvre rapidement que les principaux suspects sont liés à la famille Leroux et décide de se rendre à Langopf pour enquêter et confronter le ou les coupables.

Réalisant que Turner n'acceptera aucun pot de vin, Margot se révèle prête à tout pour l'arrêter. C'est ainsi que nous assisterons à l'affrontement empli de folie et de violence de ces deux personnages hors-norme : Turner, seul, sans renfort, à des centaines de kilomètres du Cap, menant une croisade pour la justice, et Margot, véritable lionne protégeant son fils et l'avenir qui lui est promis, ainsi que l'empire qu'elle a créé.

Tim Willocks a encore écrit un superbe roman dont le rythme va à cent à l'heure dès les premières pages, et c'est vrai que l'on pense tout de suite aux grands westerns tels que "L'homme des hautes plaines", avec cet inconnu débarquant dans une petite ville vivant sous la coupe d'un grand propriétaire terrien corrompu. Ici, il s'agit de Margot Leroux, propriétaire d'une mine de manganèse, aidée de ses hommes, anciens mercenaires et soldats. Mais je pensais beaucoup plus à Parker et aux romans de Richard Stark en lisant ce livre.

Bien qu'étant aux opposés de la loi, Parker et Turner se ressemblent énormément.

Ils sont tous les deux froids, méthodiques, sans émotions, entièrement dédiés à atteindre leurs objectifs. Pour Parker, il s'agit de la réalisation d'un braquage ou souvent de se venger d'anciens partenaires qui l'ont doublé, le tout étant servi par le style sec et sans fioritures de Richard Stark.

Pour Turner, son unique but est de rendre justice à cette jeune femme noire laissée agonisante contre une benne à ordure, la scène où il décrit les blessures de la victime d'un ton froid et clinique m'a pris aux tripes, comme beaucoup de scènes des romans de Willocks.

Mais la froideur et l'absence d'émotions de Turner sont surtout apparentes, son monologue intérieur témoigne d'un maelstrom d'émotions conflictuelles, et petit à petit on en apprend un peu plus sur lui, sur son passé. Ce conflit intérieur atteindra son paroxysme dans une scène incroyable impliquant une pelle et trois trous dans le sol.

J'ai surtout parlé de deux personnages, Turner et Margot, mais il serait injuste d'oublier tous les autres personnages secondaires, chacun avec leurs visions, leurs choix, leurs peurs et leurs espoirs, aucun n'est unidimensionnel, c'est aussi une des grandes forces de Tim Willocks. Il arrive ici à nous rendre touchants des personnages odieux et racistes, sans parler d'autres personnages usés par la vie et ayant perdu leurs illusions...

Et je ne vous parle même pas de la toute dernière scène de ce roman, qui là encore m'a énormément rappelé Parker, une scène déjà culte pour moi.

"La mort selon Turner" (le titre "La justice selon Turner" aurait aussi très bien convenu...) est un excellent roman noir parsemé de références (les lecteurs attentifs apprécieront les clins d'oeil à "No country for old men" et Horace McCoy par exemple...) avec des personnages inoubliables, hantés par des ambiguïtés morales. Comme souvent dans les romans de Tim Willocks, la folie et la violence sont omniprésentes, mais jamais gratuites.

Lors de la rencontre organisée à l'Ecume des pages à Paris, Tim willocks disait qu'il était possible qu'il écrive d'autres romans mettant en scène Turner, personnellement, je serai plus qu'heureux de retrouver ce personnage en attendant le retour de Mattias Tannhauser.

 

Pour finir, on ne peut parler de "Memo from Turner" sans ça :
 

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