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Tannhauser's Gate

Tannhauser's Gate

Lectures, chroniques, interviews, news, polars et romans noir, sf et fantasy


Une autrice à suivre de près : Steph Post

Publié par Tannhauser sur 3 Avril 2019, 10:21am

Catégories : #Steph Post, #Lightwood, #Walk in the fire, #Miraculum, #Chroniques

 

Après avoir lu "Pulse" de Michael Harvey (un auteur que j'aime beaucoup, dont l'absence de traductions en français reste toujours un mystère pour moi...), puis l'excellent "The Border" de Don Winslow (j'essaierai de vous en parler un peu plus tard, je prends un peu de temps, un peu de recul, pour laisser décanter) et "Trigger" de David Swinson, le troisième volet des aventures de son privé Frank Marr (le premier volet avait été traduit chez Calmann Lévy en 2017 sous le titre "La fille de Kenyon Street", je vous le conseille, soit dit en passant), j'avais envie de continuer à lire des polars, c'est alors que je me suis souvenu de Steph Post.

 

J'avais entendu parler d'elle par hasard il y a quelques mois, grâce un article de Crimereads si je ne me trompe pas (excellent site en passant, que je vous conseille de consulter). J'ai mis un peu de temps à lire un de ses romans, mais j'ai enfin lu "Lightwood", "A walk in the fire", et son dernier, "Miraculum" et je dois dire : wow ! Je m'attendais à quelque chose de bien vu les "blurbs" on ne peut plus élogieux de pas mal d'auteurs tels que Brian Panowich, Chris Holm, Joe Ide, Michael Connelly, David Joy ou encore David Swinson et bien d'autres (vous pouvez jeter un coup d'oeil ici et ici, sur sa page Fantastic Fiction). Mais j'ai vraiment été agréablement surpris par ces trois romans que j'ai dévorés en une semaine.
 

De quoi s'agit-il ? "Lightwood" est le premier volume des aventures de Judah Cannon qui sort de prison après une peine de trois ans. Il retourne à Silas, sa petite ville natale perdue au fond de la Floride, et retrouve Ramey, son amie d'enfance (et plus), ses frères Levi et Benji, et son père, Sherwood, patriarche et violent chef du "clan Cannon" mouillant dans toutes sortes de crimes.

Après avoir braqué avec son père et Levi des membres d'un gang de bikers, les Scorpions, trempant dans le trafic de drogues, Judah est tiraillé entre deux voies. Il devra choisir entre son désir de rester sur le droit chemin et tenter de refaire sa vie avec Ramey, et son désir de vengeance causé par les représailles des Scorpions.

Vous allez me dire, un roman noir en Floride vous fait tout de suite penser à Carl Hiaasen ou au maître Tim Dorsey. Et vous n'avez pas tort, on retrouve un peu de ces auteurs, mais sans le coté comique et déjanté de Hiaasen et Dorsey. (Je pensais aussi beaucoup à Elmore Leonard, j'en reparle un peu plus loin). Par contre, je pense sincèrement qu'elle est aussi douée que ces derniers pour ce qui est de créer une galerie de personnages secondaires incroyables, attachants ou véritablement effrayants.

Et là je pense surtout à un personnage qui vole la vedette à chaque fois qu'elle entre en scène : Sister Tulah. Je ne vais pas rentrer dans les détails, en espérant qu'un jour ces romans seront traduits et que les lecteurs français pourront découvrir ce personnage. Disons juste que Sister Tulah est une "pentecostal preacher", une femme pasteur pentecôtiste impliquée plus que ce qu'on pourrait imaginer à première vue dans la spirale de violence engendrée par le braquage des bikers. Ce personnage est une antagoniste qui va vous happer dès sa première apparition.

Comme je le disais avant, la galerie de personnages est un des grands atouts de ce roman (et de sa suite), je pense à Brother Felton, le neveu de Sister Tulah, et ses serpents, les "Elders" (qu'on peut traduire par les "anciens" ou "doyens"), des vieillards aux ordres de Tulah, Ramey, Shelia et Legs, ou encore Hiram et Rambo, son écureuil empaillé...

L'autre grande qualité de Steph Post est son style, la facilité avec laquelle elle raconte son histoire, l'aisance avec laquelle elle joue avec les clichés du thriller ou du roman de braquage. Quelques chroniques que j'ai lues comparaient ce roman à des séries télé, pour la construction et la façon dont l'autrice accroche le lecteur et le pousse à continuer à lire encore une dernière page, encore un chapitre. Pour ma part, je pensais beaucoup à Sons of Anarchy (pour les bikers dans le premier roman) et Justified (le clan Cannon me faisait penser aux Crowe... surtout aux Crowe de Floride, Daryl et Danny, pour ceux qui ont regardé cette super série adaptée d'Elmore Leonard). Le ton général du roman est un peu plus sombre, moins déjanté que ce qu'on trouve chez Leonard, mais l'intrigue mettant en scène plusieurs truands au fin fond d'un coin perdu de Floride est assez proche du Kentucky n'est pas sans rappeler les aventures du marshall Givens.

Les chapitres passent à toute vitesse, Steph Post a un style assez visuel, alternant entre trois principaux points de vue : Judah et Ramey, les bikers et Sister Tulah.

 

"Walk in the fire" est la suite directe, reprenant quelques mois après la fin de "Lightwood". Là encore, sans rentrer dans les détails, je vais juste dire que les personnages ayant survécu vont devoir gérer les conséquences de tout ce qui s'est passé dans le roman précédent.

Steph Post crée une nouvelle fois des personnages secondaires intéressants comme Clive Grant, l'agent de l'ATF en disgrâce chargé d'enquêter sur les événements ayant eu lieu et l'énigmatique Weaver, un nouveau truand sans pitié opérant dans différentes villes de la Floride qui va finir par s'en prendre à Judah et Ramey, causant là encore une réaction en chaîne on ne peut plus violente.

L'autre point fort de cette suite est également la façon dont Steph Post approfondi tous les personnages rencontrés dans "Lightwood", on apprend notamment beaucoup plus sur Sister Tulah et Brother Felton, le tout dans des très grandes scènes mâtinées de réalisme magique.


 

Pour finir, je vais vous parler de son dernier roman, sorti en février, "Miraculum".

Ce roman est à part, il ne fait pas suite aux deux autres, il s'agit plutôt d'un roman gothique avec une ambiance proche de la magnifique série, annulée trop tôt, "Carnivale" ("La caravane de l'étrange" en français). Le roman est moins sombre que la série, d'autres chroniques que j'ai lues citaient également le roman de Ray Bradbury "Something wicked this way comes" ("La foire aux ténèbres").

C'est un roman qui commence par un suicide et qui se termine par un bal masqué...

Nous sommes en 1922 et nous faisons la connaissance de Ruby, la charmeuse de serpent tatouée, de son père Pontiliar, de Samuel, de January et de ses amies danseuses, de la femme à barbe et autres artistes ou "monstres de foire" faisant partie du cirque itinérant appelé "Pontilliar's Spectacular Star Light Miraculum".

Après le suicide d'un des leurs, Daniel Revont, un jeune homme mystérieux, débarque et réussit à se faire engager pour prendre la place du suicidé en moins de cinq minutes. Cela au grand dam de Samuel, jouant plus ou moins le rôle de bras droit de Pontiliar, le père de Ruby et chef de cette troupe. Samuel trouvant bien étrange que Daniel, ayant été engagé en tant que "geek" (pas le geek d'aujourd'hui, jouant aux jeux vidéos en citant les dialogues de différents épisodes de Star Trek qu'il connait par coeur...) arrachant la tête de poulets crus à coups de dents, se promène en costume de grande qualité, avec de nombreux bijoux...

Ruby, la narratrice principale, d'abord méfiante envers le nouvel arrivant, finira par réaliser que son destin est lié à Daniel d'une façon qu'elle ne pouvait pas du tout imaginer.

Tout en changeant complètement de registre, Steph Post prouve une fois toutes ses qualités avec ce très beau roman. Là encore, la galerie de personnages créés sont brillants et touchants. January, la meilleure amie de Ruby est attachante dès ses premières apparitions, je lirais tout de suite un roman décrivant ses premières années au cirque... De même qu'un roman sur Samuel explorant ses années en tant que

Et puis il y a Ruby. Nous en apprenons plus sur elle au fur et à mesure du roman, Steph Post plaçant quelques chapitres racontant sous formes de flashbacks la jeunesse et l'adolescence de la jeune fille, comment elle a retrouvé son père, ses rapports avec lui, et comment elle est devenue cette charmeuse de serpents... C'est un personnage incroyable, au même titre que Daniel, qui est bien plus qu'un antagoniste classique dans ce roman aux accents gothiques (plus précisément ce que les américains appellent "southern gothic"). Le lecteur découvrant peu à peu qui il est grâce à quelques chapitres dont Daniel lui-même est le narrateur...

Comme je l'ai dit plus tôt, beaucoup de chroniques que j'ai lues citaient le livre de Bradbury en référence, pour ma part l'ambiance du début du livre me faisaient penser à Stephen King. Surtout pour ses romans dans lesquels un inconnu s'installe dans une petite ville, et peu à peu gagne les faveurs de plus en plus de monde, avec aussi un petit coté "American Gods" de Neil Gaiman...

Pour finir, une autre des qualités de ce roman est à quel point ce cirque semblait vivant. J'ai parlé des personnages, mais tout le reste est vibrant de vérité. On a l'impression de se balader sur les planches du cirque, de voir les différents chapiteaux et différentes tentes, d'entendre les crieurs rameuter la foule de badauds.

La description des villes (petites et grandes) américaines des années 20 est également réussie, je ne peux qu'imaginer le nombre de recherches effectuée par Steph Post pour arriver à ce résultat. Il y a de très bons passages à Atlanta par exemple, notamment un à l'occasion de la première diffusion d'une station de radio qui vaut le coup d'oeil.


 

Tout ça pour dire que j'espère vraiment qu'un éditeur français finira par traduire les romans de Steph Post, je sais que je lirai tout de suite son prochain roman, et je vais me procurer ses deux premiers datant de 2012 et 2014.

 

 

Le site de Steph Post



 

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